mercredi 9 mai 2018

Article 353 du code pénal

Article 353 du code pénal – Tanguy Viel

Les éditions de Minuit (2017)

Il y avait le bruit du moteur qui tournait au ralenti et les vagues à peine qui tapaient un peu la coque, au loin les îlots rocheux que la mer en partie recouvrirait bientôt, et puis les sternes ou mouettes qui tournaient au-dessus de moi comme près d’un chalutier, à cause de l’habitude qu’elles ont de venir voir ce qu’on remonte sur nos bateaux de pêche, en l’occurrence : un homard et deux tourteaux, c’est ce qu’il y avait dans le casier quand on l’a hissé, qu’on l’a soulevé tous les deux par-dessus le bastingage – puisqu’on était encore deux à ce moment-là, remontant ensemble le casier comme deux amis qu’on aurait cru être, à déjà voir les crabes se débattre et cogner les grillages, en même temps qu’on le posait là, le lourd casier, dans le fond du cockpit. C’est lui qui a sorti le homard et l’a jeté dans le seau, avec assez de vigueur pour éviter les pinces qui ensuite s’échineraient sur les parois de plastique, lui, fier comme Artaban d’avoir pris le homard, il m’a dit : Kermeur, c’est mon premier homard, je vous l’offre. (pages 7-8)
Plus tard, Martial Kermeur ne pourra pas dire le rôle de cette dernière phrase d’Antoine Lazenec dans ce geste fou qui l’a poussé, lui, Kermeur, à faire basculer Lazenec hors du bateau, à le regarder se débattre dans l’eau et à mettre les gaz à fond pour regagner le port, à rentrer chez lui et à attendre les gendarmes. 
Ce livre de Tanguy Viel, c’est l’audition de Martial Kermeur par le juge, c’est le récit de toute une vie de labeur, une vie banale d’ouvrier de l’arsenal de Brest, mis en retraite anticipée comme beaucoup dans le coin, un homme simple qui s’est trouvé englué dans l’escroquerie immobilière montée par Antoine Lazenec. Bien sûr, Martial n’est pas le seul à être tombé dans les filets du beau parleur, il a résisté longtemps avant de se laisser séduire par son discours enjôleur, il a cédé presque malgré lui, mais il a cédé tout de même.


C’est un livre qui se lit d’une traite, tant on est emporté par le récit de Martial Kermeur, par sa façon de raconter les faits, de montrer l’enchaînement inéluctable des évènements qui l’ont conduit à faire ce qu’il a fait. J’étais tellement emportée par ce récit que je n’ai jamais trouvé le temps d’aller chercher sur Internet ce qu’il disait, ce fameux article 353 de code pénal, et finalement, j’ai bien fait d’attendre les dernières pages pour en comprendre le sens et les implications.

Un livre fort et puissant dont on se souvient longtemps !

C'est la critique de Nathalie Crom dans Télérama qui m'a donné envie de me plonger dans ce roman.

mardi 8 mai 2018

Le gourou de la Baltique

Le gourou de la Baltique – Mikael Bergstrand

Gaïa éditions (2016)
Traduit du suédois par Emmanuel Curtil


Décidément, mes lectures m’amènent souvent sur les bords de la mer baltique en ce moment, d’autant plus que ce troisième épisode des aventures de Göran et de Yogi se déroule majoritairement en Suède, même si quelques chapitres au début et à la fin du roman donnent encore au lecteur l’occasion de profiter de l’ambiance, des coutumes et des paysages indiens.
 

Une fois sa lune de miel terminée, Yogi doit de nouveau se consacrer au développement de ses affaires et il profite d’un salon professionnel en Allemagne pour prolonger sa visite en Europe et venir retrouver Göran en Suède. Celui-ci, toujours au chômage et en délicatesse avec Karin, sa petite amie et ex-psychologue, s’est vu confier une mission par sa mère et l’ami de celle-ci. Pendant leurs vacances, Göran doit s’occuper de leur jardin et il peut habiter leur splendide maison, ce qui lui procure un changement d’air bienvenu. D’autant que c’est à ce moment-là qu’arrive Yogi avec ses projets d’expansion : il a imaginé que Göran pourrait vendre les produits de son entreprise indienne en Suède et il va mettre tout en œuvre pour convaincre son ami. Mais Göran n’a vraiment pas la fibre commerciale. Yogi, lui, avec son talent habituel, a très vite l’opportunité de faire de nombreuses rencontres, toutes plus excentriques les unes que les autres et il va rapidement se tailler une réputation de gourou, attirant de plus en plus de monde dans ce petit coin de Suède.

J’ai été un peu moins enthousiasmée par ce troisième épisode, sans doute parce que les aventures de Göran et de Yogi en Suède ont moins de sel que lorsqu’elles se passent en Inde.
Mais ce roman reste néanmoins agréable à lire, sans se prendre la tête, avec son petit côté « guide de développement personnel », qui ne se prive pas de se moquer gentiment des pratiques du genre. Comme le mentionne la quatrième de couverture, « Haro sur les croyances occultes, la chick-lit masculine ose décidément tout ! », je confirme qu’il y a de bons moments de rigolade dans ce livre et que ça fait du bien de se laisser aller !

dimanche 6 mai 2018

La reine de la Baltique

La reine de la Baltique – Viveca Sten

Albin Michel (2013)
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne


La reine de la Baltique, c’est un phare désaffecté, celui de Grönskär, au large de Sandhamn, l’une des îles de l’archipel à l'est de Stockholm. Et c’est là que se dénoue l’intrigue de ce roman à suspense de Viveca Sten.

Tout commence sur l’une des plages de Sandhamn lorsqu’un promeneur y découvre un cadavre emmêlé dans un filet de pêche. Vu son état, l’homme a dû rester dans l’eau un moment avant de remonter à la surface. Comme l’autopsie ne laisse aucun doute sur la noyade, l’affaire aurait pu en rester là et conclure à un accident si le corps n’avait pas été entouré d’un cordage formant une boucle. Rapidement, la police a identifié Krister Berggren, célibataire, vivant seul dans la banlieue de Stockholm, et qui ne s’est plus présenté à son travail, un magasin d’état de vente d’alcool, depuis trois mois. Alors que l’enquête piétine, deux semaines plus tard, c’est le cadavre de Kicki Berggren, la cousine de Krister, qui est retrouvé dans une chambre d’hôtel à Sandhamn. Que venait-elle faire sur l’île ? Chercher à élucider la mort de son cousin ? Ou bien venir réclamer sa part dans une affaire louche à laquelle aurait participé Krister ?
L’enquête est confiée à la police de Nacka, et menée par Thomas Andreasson en particulier, parce qu’il connait bien Sandhamn et ses environs. Il a une maison de vacances sur une île tout proche et s’y réfugie souvent depuis la mort subite de son bébé et l’échec de son mariage qui a suivi. Dès qu’il s’agit de Sandhamn, Thomas sait qu’il peut compter sur le soutien de Nora Linde, son amie d’enfance, qui est en vacances sur l’île avec ses deux enfants et son mari, un médecin amateur de régates. Nora est très perspicace, ouverte sur les autres et toujours prête à aider Thomas.


Ce roman est le premier d’une série, huit épisodes publiés actuellement mais seulement cinq* en français et qui ont été repris à l’écran, diffusés sur Arte sous le titre Meurtres à Sandhamn. C’est parce que j’avais raté la diffusion du premier épisode que j’ai décidé de lire ce premier tome.

C’est tout à fait le style de roman policier que j’aime. Il y a l’enquête, certes, mais on suit également la vie privée et les états d’âme du policier. Et puis, la présence de Nora et ses difficultés conjugales apportent un dérivatif bienvenu et un peu d’animation à l’intrigue. Ce que j’ai apprécié, c’est que l’absence d’indices oblige la police à imaginer des mobiles variés et à en explorer les pistes, quitte à dénouer des affaires sans rapport avec les décès. La résolution de l’énigme ne se fait que dans les toutes dernières pages et repose sur un scénario imprévu, bien loin de ce que Thomas, Nora et le lecteur, d’ailleurs, avaient envisagé.

Pour continuer ma découverte de Viveca Sten, je vais me plonger dans Du sang sur la Baltique !

* Un sixième tome de la série, Retour sur l'île, sort le 30 mai 2018 chez Albin Michel.

jeudi 3 mai 2018

Comme onze comprend

Comme onze comprend – Janet Evanovich

Pocket (2015)
Traduit de l’anglais par Axelle Demoulin et Nicolas Ancion


Trop c’est trop, Stéphanie Plum n’en peut plus de son job de chasseuse de primes. Parce qu’elle vient de se retrouver poussée dans les ordures par le voyou qu’elle poursuivait, elle jette l’éponge, bien décidée à exercer enfin un travail dont sa mère pourra être fière. Mais Stéphanie va découvrir qu’il n’est pas si facile de changer de vie du jour au lendemain. D’abord parce que trouver un job qui lui convienne sur la durée est une gageure. Ensuite parce qu’échapper à un fêlé qui fait exploser ses voitures à tour de bras et qui la poursuit sans cesse va la contraindre à accepter l’hospitalité de Joe Morelli et à rejoindre l’équipe de Ranger où elle va trouver un job dans ses cordes. Une fois de plus, la voilà tiraillée entre les deux hommes de sa vie !

Ça faisait un moment que je n’avais plus plongé le nez dans les aventures de Stéphanie Plum. Ma dernière lecture remonte à 2012 et j’avais dû me résoudre à lire le dixième épisode en VO, faute de le trouver en français. Et puis, l’autre jour, en flânant dans le rayon des policiers à la médiathèque, j’ai découvert que la suite des aventures de Stéphanie Plum avait été traduite et publiée directement chez Pocket. J’ai retrouvé l’univers de Stéphanie avec plaisir, même si le début de ce onzième épisode fait craindre le pire lorsque notre chasseuse de primes préférée annonce sa démission !

Mais finalement, pas de panique :  même si Stéphanie n’est plus agent de cautionnement, sa vie ne se calme pas pour autant et ce onzième opus a son lot de voitures explosées, de visites au salon funéraire et d’orgies de beignets ! Et le changement d’activité de Stéphanie lui donne l’occasion d’en découvrir un peu plus sur Ranger, ce qui ne déplaira à personne, j’en suis sûre.

Extrait page 11-12
En fait, je ne savais pas pour quelle raison précise je venais de rendre mon badge. J’avais mal au ventre en sortant du lit le matin. Et je me couchais en me demandant où allait ma vie. Je bossais comme chasseuse de prime depuis un moment et je n’étais pas vraiment douée pour le métier. Je gagnais tout juste de quoi payer mon loyer chaque mois, des tueurs fous me couraient après, des gros types à poil se payaient ma tête, il arrivait qu’on me lance des cocktails Molotov et des insultes à la figure, je me faisais tirer et cracher dessus, on me poussait dans les poubelles, mes voitures finissaient à la casse à un rythme alarmant. J’avais même été attaquée une fois par des hordes de chiens en chaleur et par une volée d’oies de Canada.

mardi 17 avril 2018

À l'abri de rien

À l’abri de rien – Olivier Adam

Éditions de l’Olivier (2007)

Quelque part près de Calais, une jeune mère de famille, Marie, est en plein marasme. Elle a perdu son emploi au supermarché, n’a plus de goût à rien. Elle n’arrive pas à tenir sa maison, culpabilise vis-à-vis de ses deux enfants et de son mari, elle se sent inutile. Et puis, un jour, elle découvre la réalité des migrants, les distributions de nourritures, de vêtements, le réseau des bénévoles qui essaient d’apporter du soutien à ces réfugiés dont personne ne veut. Enfin, Marie se sent utile à quelque chose, prête à aller très loin, trop loin peut-être pour aider ces hommes qui n’ont rien.

J’avais déjà entendu parler de ce livre à sa sortie et lu de nombreux avis à son sujet. Mais je ne m’attendais pas à la force de l’intrigue, à la noirceur de l’univers décrit, au déséquilibre dans lequel vit Marie et qui va la conduire à agir au-delà de la raison, jusqu’à se mettre en danger.

Mieux avoir le moral rechargé à bloc avant d’entamer la lecture d’À l’abri de rien, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’état d’esprit de Marie au début de l’histoire est plutôt déprimant et décrit d’une façon si réaliste qu’il en serait presque contagieux ! Ensuite, la situation des migrants, leurs conditions de vie, la difficulté des bénévoles à leur apporter un soutien en dépit des pressions policières, tout cela installe une atmosphère étouffante et plombée. Plus tard, lorsque Marie s’engage au côté d’Isabelle, déjà trop impliquée elle-même, l’excès de leur action ne peut que présager une suite difficile et on s’attend au pire.

Mais ce qui est surtout marquant et qui va au-delà de cette lecture, c’est que dans ce livre publié en 2007, sont décrites des situations qui perdurent toujours, plus de dix ans plus tard, qu’il y a toujours des migrants sur notre sol dont le seul espoir est de gagner l’Angleterre, et qui affrontent des conditions de vie terribles. Et ceux qui, par humanité veulent leur apporter du soutien, sont toujours pourchassés et punis pour leurs actions. Désespérant !

lundi 2 avril 2018

Reconnaître facilement les oiseaux du jardin

Reconnaître facilement les oiseaux du jardin - Daniela Strauss

Éditions Ulmer (2018)

J’ai reçu ce joli petit guide lors d’une des dernières opérations Masse Critique Babelio et je ne regrette absolument pas mon choix.

Le classement des oiseaux de nos jardins en fonction de leur taille est très judicieux. En effet, tout le monde sait reconnaître le merle, le moineau et la mésange bleue et sera donc capable de retrouver un oiseau dans ce guide, en le comparant avec les trois modèles de référence. Les photos des oiseaux sont de très bonne qualité, à taille réelle, et les indications supplémentaires sur l’habitat favori du volatile, ses habitudes et son chant seront de précieux renseignements.

J’ai appris aussi avec intérêt que plus les yeux d’un oiseau sont grands par rapport à sa taille, moins il a besoin de lumière et plus il commence à chanter tôt et à s’alimenter. Un critère de plus pour les identifier, à l’oreille cette fois.



Mon rêve serait d’apercevoir une fois ce jaseur boréal, oiseau des contrées nordiques qui migre quelquefois chez nous quand la nourriture vient à manquer dans son habitat familier. Il est beau, n’est-ce pas ?

 Merci à Babelio et aux éditions Ulmer pour ce joli guide.






mercredi 28 mars 2018

Dans la brume du Darjeeling

Dans la brume du Darjeeling – Mikael Bergstrand

Gaïa éditions (2015)
Traduit du suédois par Emmanuel Curtil


Göran est revenu depuis neuf mois en Suède, après son séjour d'une année en Inde. Il a retrouvé un travail dans une agence de publicité, qui le satisfait pleinement au début. Mais très vite, il retombe dans sa léthargie habituelle, se laisse aller à la dépression, même si ses séances avec Karin, une belle thérapeute, devraient l’inciter à se secouer un peu. Malgré les injonctions de Karin à mieux vivre l’instant présent, à s’ouvrir aux autres, Göran n’a en tête que son prochain voyage en Inde, pour assister au mariage de son ami Yogi avec la belle Lakshmi. Hélas, la première date choisie pour l’union n’était pas favorable, selon l’horoscope, et le mariage est repoussé à une date à laquelle Göran n’est pas certain de pouvoir se libérer en raison de contraintes professionnelles. Et puis, après s’être mis dans une situation dont il ne sait pas comment se sortir, sur un coup de tête Göran s’envole pour Delhi, où il retrouve son ami indien. Malheureusement, la bonne humeur et l’optimisme de Yogi vont être très vite mis à mal lorsqu’il se retrouve pris au piège d’une arnaque. C’est Göran, à son tour, qui va devoir se mobiliser pour aider son ami à se sortir d’un imbroglio, et qui va retrouver par la même occasion une certaine joie de vivre.

Deuxième aventure de Göran et Yogi, qui se passe cette fois dans la région du Darjeeling et aux confins du l’état du Sikkim. Ce voyage en Inde va être bien différent du premier, mais tout aussi riche en expériences pour Göran. Il va devoir faire des choix pour sa propre existence et, à sa grande surprise, réaliser qu’il est capable, lui aussi, de trouver des ressources lorsqu’il s’agit d’aider son ami.

J’ai été de nouveau happée par les péripéties de ce roman et par sa fantaisie.  Encore une fois, on découvre les multiples aspects de la culture indienne, ses traditions et sa modernité qui semblent contradictoires. Un vent de fraîcheur et de dépaysement !