mercredi 29 décembre 2010

The five people you meet in Heaven

The five people you meet in Heaven - Mitch Albom
Édité par Sphere (2007)

Eddie est un vieil homme de 83 ans. Blessé au genou lors de la guerre aux Philippines, il en a gardé une infirmité et éprouvé des souffrances pour le reste de ses jours. Il est responsable de la maintenance dans le parc d'attractions de Ruby Pier, où il a passé une bonne partie de son existence. Son père y travaillait et Eddy y a joué étant enfant, puis il a remplacé son père lorsque celui-ci est tombé malade et il y est resté.
Dès le début du roman, un compte à rebours commence, retraçant les dernières heures d'Eddy avant l'accident qui se produit dans l'un des manèges dont il s'occupe. Pour sauver une petite fille de la chute d'une nacelle, Eddy met sa vie en péril et se retrouve au Paradis. Il y rencontre successivement cinq personnes qu'il a connues. Il se souvient de certaines d'entre elles mais d'autres ne lui rappellent rien à priori. Chacune lui explique la raison de sa présence et leurs différents récits retracent petit à petit la vie d'Eddy, son enfance près d'un père violent, sa vie de soldat, son retour à Ruby Pier, son amour pour sa femme Marguerite et sa vieillesse solitaire. Eddy redécouvre certains éléments de son passé, leur importance sur le cours de son existence et il apprend aussi des choses qu'il ignorait, comme les circonstances de la mort de son père et la vérité sur sa blessure au combat.


Ce retour sur le parcours d'un homme simple est très émouvant. Grâce à ces cinq personnes, Eddy remet en question la place qu'il a toujours accordée à sa propre existence qu'il considérait sans importance. Il réalise qu'il a compté pour certaines personnes, que son passage a laissé des traces et que sa vie avait un prix. Ces cinq conversations le reconcilient avec lui-même et le préparent à devenir lui aussi l'une des cinq personnes qui vont attendre quelqu'un d'autre au Paradis.

C'est un conte très émouvant, porteur d'espoir et de sagesse. Une incitation à profiter de la vie, à s'intéresser aux autres et à apprécier les moments présents.


C'était le dernier livre lu cette année pour le challenge Lire en VO organisé par Bladelor. Je m'étais engagée dans ce challenge avec un peu d'appréhension mais finalement, ces lectures en V.O. ont été moins difficiles que ce que je craignais. J'ai sans doute eu de la chance dans mon choix de livres.
A continuer en 2011 !




Objectif PAL : 10/61
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mardi 28 décembre 2010

Blue Shoes and Happiness

Blue Shoes and Happiness - Alexander McCall Smith
Abacus (2007)
Paru en français sous le titre : 1 cobra, 2 souliers et beaucoup d'ennuis.

Dans ce nouvel épisode mettant en scène la seule et unique femme détective du Botswana, j'ai retrouvé avec plaisir Mma Ramostswe et son assistante, Mma Makutsi, qui partagent désormais des locaux en commun avec le garage de Mr J.L.B. Matekoni, l'époux de Mma Ramotswe. Le quotidien de cette cohabitation donne lieu à de nombreux incidents burlesques provoqués par les deux jeunes apprentis de Mr J.L.B. Matekoni, tandis que Mma Ramostwe se mesure à de nouvelles enquêtes, toujours plus insolites les unes que les autres, aidée temporairement par Mr Polopetsi, l'un des employés du garage. 
L'histoire commence par une rencontre imprévue entre Mma Makutsi et un cobra, réfugié sous son bureau puis se poursuit dans la réserve voisine, sous l'influence de mauvais esprits que Mma Ramotswe va devoir identifier et combattre. Sa sagacité va aussi être mise à l'épreuve dans une délicate affaire de lettres anonymes et de détournemant de nourriture au sein d'un collège et elle devra faire preuve de toute son intuition féminine et de sa délicatesse pour résoudre ces énigmes et bien d'autres, en respectant les sensibilités et les intérêts de chacun. Au final, la quête la plus difficile n'est-elle pas la recherche de la paire de chaussures idéales dont il est souvent question au fil des pages !



 Une lecture bien distrayante, en anglais pour continuer mon challenge Lire en V.O., à l'initiative de Bladelor, et qui n'a pas été trop ardue !




Cette deuxième rencontre avec Mma Ramotswe m'a ravie et a confirmé mon appréciation de cette série. Plus que des enquêtes policières, il s'agit ici plutôt d'une succession de scènes de la vie quotidienne dans cette communauté du Botswana, avec ses joies et ses peines, ses injustices et ses rebondissements, qui redonnent confiance dans l'humanité, grâce à la bienveillance et à la fermeté de Mma Ramotswe.


En ce qui me concerne, l'énigme la plus difficile a été de trouver ce qu'était ce "ground hornbill", un oiseau dont il est question dans la résolution de l'affaire d'envoûtement.
J'ai fini par en trouver des photos sur Internet qui m'ont immédiatement renseignée : Impressionnant, non ?





 Source photo : Wikipédia



A propos, Bladelor lance un challenge Lire en anglais pour l'année 2011. Si vous êtes intéressés, tous les détails sont ici.





Objectif PAL : 9/61
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vendredi 24 décembre 2010

Joyeux Noël !

Image du Blog isabelleflute.centerblog.net
Source : isabelleflute.centerblog.net sur centerblog.

A vous tous qui passez par ici, 
je souhaite un très bon Noël !

mercredi 15 décembre 2010

Les variations Bradshaw


Les variations Bradshaw - Rachel Cusk
Éditions de l'Olivier (2010)
Traduit de l'anglais par Céline Leroy.

Ils sont trois frères chez les Bradshaw : Howard, Thomas et Leo, mariés, respectivement à Claudia, Tonie et Suzy, et tous pourvus d'enfants. La vie de Thomas et de Tonie vient de subir quelques bouleversements. 
Tonie, qui partageait son temps entre un mi-temps à l'université et l'éducation de leur fille Alexa, a été pressentie pour succéder à la directrice de son département. Elle a repris le travail à temps plein, et même plus. De fréquents déplacements professionnels lui permettent d’émerger d’une certaine monotonie qui menaçait sa vie quotidienne, mais sont aussi source d’interrogation sur sa relation de couple. 

De son côté, Thomas a décidé de souffler un peu et de prendre une année sabbatique afin de s’occuper à son tour d’Alexa et de la maison. Il a commencé l’étude du piano et prend des cours avec un jeune professeur.
Mais il n’est pas si facile de changer son rythme de vie, d’affronter les questions des parents vieillissants, d’entrer dans la crise de la quarantaine. Et ce ne sont pas ses frères qui vont pouvoir lui apporter du réconfort, plongés eux aussi dans d’autres difficultés du milieu de vie.

Après Arlington Park, c’est le deuxième roman de Rachel Cusk que je lis et je l’ai apprécié davantage. Cet échantillon des relations conjugales, vu à travers des épisodes de la vie quotidienne de quatre couples, si on inclut les grands-parents, est très réaliste, même s'il ne suscite pas l'optimisme. 
L’auteur ne s’apitoie jamais sur le sort de ses personnages, elle sait être ironique quand il le faut et n’a guère d’illusions sur cette tentative de renversement des rôles ! On sent pointer la féministe derrière la prise de conscience de Thomas, lorsqu’il réalise que la situation d’homme au foyer est loin d’être aussi idyllique que ce qu’il imaginait. Rachel Cusk n’est pas tendre non plus avec Claudia, soi-disant artiste peintre qui trouve tous les prétextes pour ne jamais entrer dans son atelier au fond du jardin et qui le reproche à tous ses proches mais jamais à elle-même ! Je l’ai trouvée plus indulgente avec Suzy, un peu trop portée sur la bouteille mais spontanée et sans artifice !
Le rapprochement avec la musique de Bach et les variations Goldberg, au travers du titre et du découpage du roman, apporte néanmoins un peu de sérénité à l'ensemble et laisse une impression positive à l'issue de cette lecture à recommander.

 L'avis de Cathulu et les critiques de La Croix et d'Evene.
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vendredi 10 décembre 2010

Babelio 11ème édition

Voici le retour de Masse Critique dont Babelio organise la 11ème édition.

 Vous pouvez y participer, que vous ayez un blog ou pas.

La règle du jeu : vous choisissez dans une liste le ou les livre(s) que vous aimeriez lire, et si vous êtes sélectionné, Babelio vous l`enverra par la Poste.

Seule contrepartie : écrire ce que vous en avez pensé, sous la forme d`une critique positive ou négative, sur le site de Babelio (et sur votre blog si vous en avez un).

Rendez-vous 
MERCREDI 15 DECEMBRE, A PARTIR DE 08H30 
sur  

mercredi 8 décembre 2010

ni fleurs ni couronnes

ni fleurs ni couronnes - Maylis de Kerangal
suivi de Sous la cendre
Éditions Verticales (2006)


Finnbar Peary naît en 1899, dans le hameau misérable de Sugàan,entre Cork et Kinsale. Avant lui sont nés neuf enfants, dont sept sont morts et enterrés. Ses deux ainés quittent le village lorsqu'il a dix ans, pour s'embarquer vers l'Amérique. Ils ne donneront jamais de leurs nouvelles.
Lorsque Finbarr a seize ans, à son tour il quitte Sugàan et gagne le port de Queenstown, curieux d'ailleurs et d'inconnu. Lorsqu'il arrive sur la côte, le paquebot Lusitania vient d'être torpillé au large de Kinsale par la marine allemande.
Finbarr se retrouve associé à une jeune femme inconnue dans la recherche en mer des cadavres des noyés de la tragédie, avec pour récompense une livre à se partager par corps repêché. Et puis, une prime de mille livres est promise à ceux qui ramèneront le corps de l'héritier Vanderbilt, qui n'a pas encore été retrouvé. Finbarr et l'inconnue embarquent de nouveau pour une quête morbide.

Bien que très court, une soixantaine de pages, ce texte a une force incroyable, autant pour évoquer l'enfance de Finbarr, solitaire et misérable, que pour raconter cette aventure à laquelle il se trouve mêlé sur les quais de Queenstone. On sait peu de choses de lui, et encore moins de cette jeune femme rencontrée par hasard dans un bar du port. Ensemble, ils vont peiner pendant quelques jours pour ramener les noyés, ne ménageant pas leurs efforts, dans des conditions épouvantables, sans qu'on comprenne réellement la motivation de la jeune femme. Maylis de Kerangal ne cherche pas à rendre ses personnages sympathiques, ils ne suscitent aucune empathie chez le lecteur. Ils ont seulement la rage au ventre et la force de se battre.

Dans la deuxième nouvelle qui compose ce livre, "Sous la cendre", le cadre paraît plus idyllique au premier abord. C'est l'été, deux jeunes gens, Pierre et Clovis, qui effectuent une enquête à Naples, ont décidé de profiter du week-end pour visiter les îles Éoliennes et escalader de nuit le Stromboli. Sur le bateau, ils repèrent une jeune fille, Antonia, qui joue de son pouvoir de séduction. Après l'avoir suivie sur les chemins de l'île, ils finissent par lier connaissance et passent un moment à la plage. Puis, ils se joignent à un groupe et l'ascension du volcan commence dans la soirée, avec cinq heures de montée suivies de trois heures de descente. Cette randonnée va bouleverser les rôles et provoquer une remise en question chez les trois jeunes gens.

Le style est différent de la première nouvelle : les phrases sont très longues, constituées d'une accumulation de mots, ce qui impose un rythme rapide et irrite un peu au début de la lecture. Puis, on s'y fait, on a l'impression d'être dans le récit, en particulier lors de l'ascension du volcan dans la nuit. Ici aussi, il y a beaucoup de force.

C'est cette impression qui me reste à l'issue de la lecture de ce court livre, cent trente-cinq pages en tout, qui ont suffit à l'auteur pour installer deux histoires, décrire des ambiances, établir des relations éphémères entre des personnages et surprendre son lecteur. En effet, dans les deux nouvelles, Maylis de Kerangal nous emmène dans une direction qui semble évidente et puis, tout à coup, les certitudes sont mises à mal, l'histoire prend un autre chemin, inattendu, vers une issue ouverte à l'imagination.

Après "Dans les rapides" lu récemment, je poursuis ma découverte de Maylis de Kerangal et j'ai l'intention de continuer, puisque je viens de recevoir en cadeau son dernier livre, "Naissance d'un pont", pour lequel elle a obtenu le Prix Médicis.

L'avis de Tatiana.
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mercredi 24 novembre 2010

Bacalao

Bacalao - Nicolas Cano
Éditions Arléa (2010)


" Il est sans doute absurde de vouloir devenir un bermuda alors que l'on est en train de commenter le premier roman moderne de la littérature française. Or c'était venu comme ça, six jours après la rentrée, à la vue d'une paire de jambes dépliées au premier rang de la classe."
C'est ainsi que débute Bacalao de Nicolas Cano. 
En quelques mots, l'auteur rend perceptible le bouleversement qui intervient dans la vie de son personnage principal. Vincent, jeune professeur de lettres dans un lycée de Lyon, est fasciné au premier regard par un nouvel élève de seconde ES. La scène a lieu le 11 septembre 2001 mais les évènements qui agitent la terre entière glissent sur Vincent. Il vient de tomber sous le charme brutal de Ayrton Ribeira, quinze ans, d'origine portugaise, fan de foot, supporter du Benfica de Lisbonne et adorateur de Luis Figo. Très vite, Vincent devient dépendant de la présence de son élève, de son avis, de ses regards. Tout aussi vite, le garçon s'en rend compte, en profite, sans toutefois réussir à paraître antipathique.
Les vacances de Toussaint et un voyage à Madère donnent à Vincent l'occasion d'accompagner Ayrton, qui rend visite à sa famille. Commencent alors des journées d'attente et d'errances pour Vincent, entre les rares moments que lui consacre Ayrton, qui mène la danse à sa façon.


C'est un sujet difficile qui est abordé dans ce roman et il aurait sans doute pu facilement déraper. Mais c'est tout le talent de Nicolas Cano de privilégier le  ressenti plutôt que de décrire des situations qui pourraient être scabreuses. Il nous fait ainsi partager les émotions, les faiblesses de son héros, sa soumission à la volonté des autres, sa propension à se laisser mener par ces "garçons à risque", comme les appelle une amie qui le connait bien. Vincent se rend compte de l'emprise qu'exerce Ayrton mais il ne peut s'empêcher de la rechercher. Il est comme envoûté, incapable de réagir, alors qu'il pressent l'issue de l'histoire.

Je dois dire que j'ai eu quelquefois pitié de Vincent, solitaire et indécis face à cet adolescent déjà conscient de son pouvoir, dont on se sait s'il en profite sciemment ou si tout cela n'est encore qu'un jeu sans importance, à défaut d'être innocent.

Bacalao est un premier roman. Que de promesses pour la suite !

Merci à Delphine qui a fait de ce roman un livre-voyageur.

Leurs avis m'ont donné envie de lire ce livre : Le Bibliomane, Incoldblog et son interview de Nicolas Cano.
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samedi 20 novembre 2010

Les larmes de Tarzan

Les larmes de Tarzan - Katarina Mazetti
Gaïa (2007)
Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus.

"Toi Tarzan, moi Janne ! " (Titre du premier chapitre)

Dans ce roman de Katarina Mazetti, Tarzan s'appelle en réalité Mariana et elle est mère de deux jeunes enfants. Janne est un jeune célibataire qui roule en Lamborghini et vit sans soucis et sans attaches réelles. Leur rencontre percutante a lieu près de la plage alors que Mariana s'amuse à jouer à Tarzan au bout d'une corde et vient terminer sa course sur le dos de Janne !
 

Ils se revoient un soir et si une entente physique s'établit immédiatement entre eux deux, rien dans leurs situations respectives ne semble favorable à une suite.
Pourtant, une fois les vacances terminés, après des rencontres aléatoires, ils se retrouvent embarqués dans une relation amoureuse qui n'en est pas vraiment une. Mariana vit seule avec ses deux enfants depuis que leur père, Mike, a disparu et elle a bien du mal à joindre les deux bouts. Mais elle assume courageusement sa situation et veut garder son indépendance, même si Janne est prêt à l'aider. Mariana a son idéal familial et s'y accroche, toujours dans l'attente du retour de son homme. Elle ne s'autorise pas à être heureuse avec un autre. Quand à Janne, plus habitué à des relations épisodiques avec une business woman élégante et branchée avec laquelle il maintient une certaine distance, il a du mal à admettre son attirance pour Mariana et à la convaincre de son attachement.


Autant, j'avais été déçue par la lecture de "Entre Dieu et moi, c'est fini", autant j'ai aimé ce livre-ci.
Cette d'histoire d'amour improbable est racontée avec beaucoup d'humour et de légèreté, même si la situation de Mariana et de ses enfants est souvent dramatique. Les courts chapitres s'enchainent, donnant la parole successivement aux différents personnages du roman : Janne et Mariana bien sûr, mais également les enfants, Jenny l'amie de Mariana, puis Mike qui réapparait. Cette alternance dans la narration donne un livre très vivant où le lecteur a l'impression d'accompagner les personnages dans les joies et les peines quotidiennes.

L'aspect social de l'histoire y est fondamental mais est évoqué légèrement. Mariana ne se plaint pas, elle constate. Janne découvre, incrédule, les difficultés auxquelles cette cellule familiale sans père est confrontée et prend conscience d'une réalité qu'il n'imaginait pas.

Une belle lecture rendue très agréable grâce à la couleur sanguine du papier sur lequel il est imprimé.

A consulter : la fiche du livre sur le site des édition Gaïa.

D'autres avis chez EmiLie, Nane, Joëlle et Clarabel.
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lundi 8 novembre 2010

Soufi, mon amour

Soufi, mon amour - Elif Shafak
Phébus (2010).
Traduit de l'anglais par Dominique Letellier.

 Ella Rubinstein est une femme comblée : une belle maison dans le Massachussets, un époux dentiste, trois enfants presque élevés, un chien vieillissant. Mais alors que la quarantaine approche, que les infidélités de son mari commencent à la lasser, qu'elle est en conflit avec sa fille ainée, que ses jumeaux traversent leur crise d'adolescence, Ella commence à reconsidérer son existence.
Grâce à David, son mari, elle a trouvé un travail de lectrice chez un agent littéraire et doit produire un compte-rendu sur le premier ouvrage qui lui est confié. Il s'agit de "Doux blasphème", un livre écrit par un certain A. Z. Zahara. L'auteur vit à Amsterdam et retrace dans son premier roman la rencontre de deux figures de l'Islam, le poète Rûmi et un derviche peu conventionnel Shams de Tabriz, au XIIIe siècle dans la ville de Bagdad.
Ella est très vite subjuguée par cette histoire et commence à s'intéresser à son auteur dont elle a trouvé le blog sur Internet. Une correspondance par courrier électronique s'établit entre Ella, américaine typique, et Aziz, soufi qui parcourt le monde pour faire connaître ses maîtres. La vie d'Ella va en être bouleversée.


J'ai commencé ce livre avec une certaine appréhension, après lecture de quelques billets qui lui étaient consacrés et qui exprimaient plutôt de la déception. Mais je m'étais engagée à le lire et à publier ma contribution auprès de Babelio qui me l'avait envoyé dans le cadre de Masse Critique.

Heureusement, le devoir s'est vite transformé en plaisir et j'ai trouvé beaucoup d'intérêt dans ce roman d'Eli Shafak qui entremêle deux histoires au fil des chapitres : celle d'Ella et d'Aziz, bien contemporaine et celle de Rûmi et de Shams en 1242, telle que la raconte Aziz dans son livre que nous découvrons en même temps qu'Ella.
Et c'est ce roman, "Doux blasphème" qui m'a accrochée, au fur et à mesure que la parole est donnée aux différents protagonistes. Tour à tour, Shams et Rûmi racontent, mais aussi des membres de leur entourage, des voisins, des mendiants, des bandits, tous ceux qui sont partie prenante dans cette histoire qui mêle le soufisme, le mysticisme, l'exaltation de l'amour vrai, le refus de la soumission. Le récit est rythmé par l'énoncé des Quarante Règles de la religion de l'amour, des préceptes intemporels pleins de sagesse à méditer longtemps après la lecture...

A côté de ce récit d'un autre temps, l'intrigue contemporaine est plus banale, sans surprise finalement, mais se lit sans ennui.
Un seul reproche : j'ai trouvé que le langage utilisé dans le roman d'Aziz était souvent trop moderne par rapport à l'époque concernée et j'ai été vraiment gênée d'y rencontrer le verbe "compiler" ! Peut-être une coquille de traduction !
Et j'ai regretté qu'il n'y ait réellement qu'un passage consacré à la danse des derviches tourneurs. Je trouve cette danse envoûtante et j'aurais souhaité qu'elle ait une plus grande place dans ce livre, même si l'écrit peine à retranscrire l'apaisement qui en ressort.

Pour découvrir l'auteur, Eli Shafak, visitez son site et feuilletez les premières pages du livre ici.

Merci aux éditions Phébus et à Babélio pour cet découverte.
D'autres avis chez Aifelle, L'irrégulière, Jules, Val, Hécate.

Critiques et infos sur Babelio.com
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vendredi 29 octobre 2010

Dans les rapides





Dans les rapides - Maylis de Kerangal
Naïve (2007)

Elles sont trois : Lise, Nina et Marie, la narratrice. Elles vivent au Havre, en 1978 entre lycée, cours d'aviron et sorties entre filles. Un jour de pluie, alors que le bus tarde, elles montent en stop dans une R16, dont le conducteur écoute de la musique sur son lecteur de cassettes. C'est le choc pour toutes les trois, elles découvrent Blondie dans "Parallel Lines".
Parce que la chanteuse représente ce dont elles rêvent et qui paraît inatteignable, elles se mettent à s'intéresser au groupe et à son égérie en particulier. Debbie Harry devient leur modèle, elles imaginent sa vie, elles préparent un voyage à New-York !
Puis Marie se lie avec Pierre, un garçon du lycée, qui participe à un fanzine et aimerait un texte sur Blondie pour alimenter le journal. Avec Pierre, Marie découvre d'autres musiques, d'autres ambiances. 

L'assistante d'anglais leur a prêté un disque de Kate Bush, The Kick Inside. Nina est envoûtée par la voix de Kate Bush et y trouve une nouvelle idole. Lise résiste et refuse la nouveauté. Première scission entre les filles, chacune va suivre dorénavant un chemin différent, même les retrouvailles à l'aviron sonnent faux.

Un livre court et percutant, où j'ai retrouvé l'atmosphère des années lycée, lorsque la musique avait tant d'importance, où on s'emballait pour un nouveau son, pour un couplet où on se retrouvait, pour une ambiance portée par un groupe. C'est loin et proche, à la fois !

Comme presque tous les chapitres de ce livre mentionnent en titre un morceau de musique extrait des disques évoqués, j'ai voulu reconstituer cette playlist, comme une évocation sonore de ce roman plein de vie et de promesses.


Découvrez la playlist Dans les rapides avec Blondie

Lu par Cathulu, Clarabel et Malice.
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mercredi 20 octobre 2010

Élegie pour un Américain

Élégie pour un Américain - Siri Hutstvedt
Actes Sud (2008)
Traduit de l'américain par Christine Le Boeuf


Lars Davidsen, dont la famille est d'origine norvégienne vient de mourir. Son fils Erik et sa fille Inga ont découvert dans ses papiers une lettre d'une certaine Lisa, datée de 1937, dont le contenu est pour eux une intrigue :
"Cher Lars, je sais que tu ne diras jamais rien de ce qui s'est passé. Nous l'avons juré sur la BIBLE. Ça ne peut plus avoir d'importance maintenant qu'elle est au ciel, ni pour ceux qui sont ici sur terre. J'ai confiance en ta promesse. Lisa."
Qui est cette femme et de quelle morte est-il question ? Quel est ce secret dont personne ne sait rien ? Erik va tenter de le découvrir en lisant les journaux intimes laissés par son père, qu'il a tenus minutieusement tout au long de sa vie. Comme Erik est psychanalyste à New York, cette plongée dans la vie de son père prend un tour à la fois personnel et professionnel. Parallèlement à cette lecture, le cours tranquille de sa vie de divorcé est un peu chahuté par l'installation de deux nouvelles locataires dans sa maison : Miranda, une jeune femme d'une trentaine d'années, est graphiste et vit seule avec sa fille de six ans, Églantine, avec laquelle Erik établit rapidement une relation de confiance. Attiré par Miranda, il découvre qu'elle est harcelée par un mystérieux photographe qui dépose des photos inquiétantes sur le perron de la maison.
Erik tente également d'aider sa soeur Inga et la fille de celle-ci, Sonia, une adolescente traumatisée par les évènements du 11 septembre 2001. Inga a perdu son mari, Max, décédé d'un cancer et éprouve beaucoup de difficultés à surmonter son veuvage, d'autant que la prochaine parution d'une biographie consacrée à Max la soumet à l'attitude inquisitrice d'une journaliste, qu'elle cherche à éviter.


Ce n'est pas un livre facile, avec ses multiples personnages, dont nous suivons des fragments de vie au fil des pages : les parents et grand-parents d'Erik et Inga, à travers les journaux du père et les souvenirs qui remontent à la mémoire d'Erik au fur et à mesure, la famille éloignée qu'ils vont solliciter afin de comprendre le mystère de la lettre, les patients d'Erik qui enrichissent cette histoire avec leurs problèmes et leurs difficultés, Miranda et Églantine, les deux voisines aux prises avec le photographe, ainsi que les amis d'Inga qui gravitent autour d'elle, sans qu'elle sache qui d'elle ou de son défunt mari les intéresse réellement.

J'ai aimé ce livre de Siri Hustvedt, comme j'avais aimé ses autres romans lus auparavant. L'auteur sait à merveille créer un univers, une ambiance et j'ai vraiment été intéressée par la vision qu'elle propose de l'exercice de la psychanalyse, la façon dont les consultations d'Erik interfèrent avec sa propre vie et ses questionnements, les doutes qui surgissent et la fragilité de l'homme qui apparaît derrière l'enveloppe du professionnel. Elle rend perceptible la façon dont l'agressivité de certains patients s'exerce contre le médecin et combien il est difficile de s'en protéger. La redécouverte du père, au fil de ses écrits et lorsque le mystère de la lettre se lève, est très émouvante et constitue une source d'apaisement pour Erik et Inga, les rendant plus forts et plus aptes à profiter de la vie.
Encore une fois, un très beau moment de lecture...

Les avis de PapillonMalice, Cachou, Mango et Jules.
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mardi 12 octobre 2010

On s'est déjà vu quelque part ?

On s'est déjà vu quelque part ? - Nuala O'Faolain
Sabine Wespieser éditeur - 2002
Traduit de l'anglais par Julia Schmidt et Valérie Lermitte (Are you somebody ?)
Lu dans l'édition 10-18 (2005)


Sous-titré "Les Mémoires accidentels d'une femme de Dublin", ce livre est un récit autobiographique écrit par Nuala O'Faolain, née à Dublin en 1940 et décédée en 2008.
Deuxième d'une famille nombreuse, son enfance est surtout marquée par la misère affective : son père, journaliste, est fréquemment absent et sa mère, dépassée par la tâche, se réfugie dans les livres et dans l'alcool, désertant souvent la maison pour le pub. Nuala doit à son caractère difficile d'être mise en internat, ce qui lui permet de faire des études et de prendre son indépendance. Elle fréquente l'université de Dublin puis celle d'Oxford et exerce en même temps des petits boulots. Plus tard, elle sera journaliste puis productrice à la radio et à la télévision. Elle s'associe au combat des féministes et s'intéresse également aux problèmes politiques de l'Irlande. Elle évoque sa vie personnelle, sa difficulté à trouver le véritable amour et son regret de n'avoir pas eu d'enfant. C'est aussi un livre sur les dégâts de l'alcoolisme, à travers la vie de sa mère mais aussi à propos de ses propres excès, même si elle se contente de présenter des faits, sans porter de jugement. Les pubs tiennent une grande part dans l'histoire !

J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt ce parcours d'une femme irlandaise dans une période où la vie des femmes a tellement changé, par rapport à ce qu'avaient vécu leurs mères. J'avais aimé le dernier livre de Nuala O'Faolain, Best Love Rosie, et je pensais en savoir plus sur sa carrière d'écrivain en lisant cette autobiographie. Il n'en a rien été puisqu'elle est parue avant ses autres livres et qu'elle n'y évoque pas son activité de romancière ! En revanche, elle raconte son Irlande, qu'elle redécouvre sur le tard à l'occasion d'un séjour estival qui la convainc de revenir au pays et qui la réconcilie avec sa nature profonde.

Ma vie a pris un tournant quand je suis allée pour la première fois à Merriman. C'était en 1973. Un jour du mois d'août, j'ai pris l'avion pour Shannon, j'ai ensuite traversé le comté jusqu'au village maraîcher en pierre grise de Scarriff, situé dans un doux paysage turquoise de collines boisées, de prairies humides, de lacs et des larges berges du Shannon. Je n'étais jamais venue dans le Clare rural jusque-là. Je pouvais compter sur mes doigts les jours que j'avais passés dans l'Irlande rurale. Que c'était beau, après les rues grises et les stations de métro sales que je traversais tous les jours à Londres ! Les voix des gens étaient tellement expressives ! Dans cette école, je suis tombée complètement amoureuse d'une Irlande qui s'est révélée plus tard ne pas exister. Pourtant, cette Irlande imaginaire m'a donné l'élan nécessaire pour rompre mes liens avec l'Angleterre. Et cela m'a conduite vers l'Irlande réelle que je commence à connaître maintenant. Si je n'avais pas connu l'Irlande moderne si tard dans ma vie, et si je n'avais pas pensé - par ignorance et à cause de mon absence - que c'était merveilleusement intéressant, je n'aurais pas mis autant de zèle à la découvrir. L'importance de cette prise de conscience s'est accrue de plus en plus pour moi chaque année. Une nouvelle conception de la notion de "chez moi" s'est insinuée dans ma vie quand j'ai réalisé que l'Irlande, dans tous ses aspects, présents et passés, m'appartenait. Et que j'appartiens à l'Irlande juste parce que je suis irlandaise.  (p. 207-208)

Ne manquez pas de lire la postface, où l'auteur raconte son étonnement face au succès de son livre et les rencontres qu'il lui a permis de faire. J'ai été touchée par sa sincérité et sa simplicité.

Quelques avis chez les rats de biblio et chez Lilly.
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jeudi 7 octobre 2010

Masse critique : Littératures de l'imaginaire

Depuis ce matin, Babelio a lancé une nouvelle opération consacrée aux littératures de l'imaginaire : science-fiction, fantasy, bitlit.


Rendez-vous sur http://www.babelio.com/massecritique.php et choisissez un livre, puis publiez une critique sur votre blog ou bien sur le site de Babelio.

Mon choix est déjà fait !
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mardi 21 septembre 2010

Sense and sensibility

Sense and sensibility - Jane Austen (1811)
Lu dans l'édition Pocket Penguin Classics Paperback (2006) 

Mrs Dashwood vient de perdre son mari, Henry Dashwood et à cette épreuve vient s'ajouter l'obligation de quitter le domaine de Norland, dans le Sussex, où elle vivait aves ses trois filles car il revient à l'héritier mâle, John, le fils issu du premier mariage de Mr Dashwood. John, qui à la mort de son père, était plein de bonnes intentions à l'égard de sa belle-mère et de ses demi-soeurs, se laisse peu à peu convaincre par sa femme Fanny qu'elles n'ont besoin de rien. Par faiblesse face à sa femme, il déroge à la promesse qu'il avait faite à son père de les aider. C'est donc d'un revenu bien diminué que Mrs Dashwood va désormais devoir se contenter et c'est avec soulagement qu'elle accepte la proposition d'un lointain cousin, Sir John Middleton, qui lui loue une petite maison, Barton Cottage, dans le Devon, où elle s'installe avec ses trois filles.
Elinor, l'ainée, est vive et sérieuse. Elle est attirée par Edward Ferrars, le frère de sa belle-soeur Fanny, dont elle a fait la connaissance avant leur départ de Norland. Edward, lui aussi, s'est montré très prévenant envers Elinor et leurs caractères se sont bien accordés. Mais Elinor se montre très raisonnable et refuse de se laisser emporter par des sentiments qu'elle n'avoue à personne, d'autant plus lorsque Edward vient leur rendre visite dans le Devon et qu'il se montre très réservé à son égard.
Marianne, elle, est tout le contraire de sa soeur ainée. Romantique et exaltée, elle tombe follement amoureuse de Willoughby, un jeune homme charmant et séduisant qu'elle a rencontré au cours d'une promenade dans la campagne. Imprudente dans sa conduite, elle se laisse éblouir par son charme, insensible à l'amour sincère que lui porte le Colonel Brandon, un voisin, qui ne peut qu'assister, impuissant, à son chagrin, le jour où Willoughby disparait sans un mot.
Margaret n'est qu'une enfant de treize ans qui apporte à l'histoire sa candeur et son innocence, posant toujours des questions dérangeantes quand il ne faut pas !

Les billets sur ce roman de Jane Austen ne manquent pas dans le blogosphère et m'avaient déjà permis de me familiariser avec cette histoire de revers de fortune et d'amours contrariées (par exemple, chez Pimpi, Hermione, George, Isil, Neph, Yueyin et Katell, pour n'en citer que quelques unes).

C'est pour cette raison que j'ai décidé de lire ce livre en anglais, dans le cadre du Challenge "Lire en V.O.".

J'ai trouvé cette lecture plus ardue que celle de Persuasion, pas à cause du vocabulaire, mais en raison de ces longues phrases, que je devais relire plusieurs fois pour en comprendre le sens. Par curiosité, j'ai ensuite consulté une version française et je me suis aperçue que même en français, c'était quelquefois assez confus !






Comme dans Orgueil et préjugés, il est ici beaucoup question d'argent, qu'il s'agisse des inconvénients de ne plus en avoir, au travers du changement de situation de Mrs Dashood et de ses filles, ou des avantages qu'il procure, comme la sécurité d'un beau mariage ou la chance d'un héritage conséquent. Même si Mrs Dashwood n'exerce aucune pression sur ses filles pour les contraindre à se marier avantageusement, Elinor est bien consciente de leur situation. Et si les deux jeunes filles sont plutôt à la recherche de l'amour dans le mariage plutôt que de la sécurité que peut assurer une union bien arrangée, elles se rendent compte très vite qu'elles sont bien loin d'être des partis recherchés !

Ce qui m'a aussi frappée dans ce roman de Jane Austen, c'est l'importance du secret dans cette histoire. Malgré leur grande affection les unes envers les autres, Mrs Dashwood et ses filles se dissimulent beaucoup de choses, par pudeur, par délicatesse ou pour se ménager. Ainsi, Elinor n'avoue pas son sentiment pour Edward, ni sa déception face à sa soudaine réserve. Lorsqu'elle comprend enfin la raison de cette attitude, elle ne peut en informer, ni sa mère ni sa soeur, muselée par sa promesse à une autre. Face à Marianne et à son imprudence envers Willoughby, Mrs Dashwood n'arrive pas à lui poser les questions qu'elle souhaiterait pour comprendre la situation de sa fille. Le colonel Brandon, lui aussi, a ses secrets, qui conduisent son entourage à se méprendre sur son comportement et Edward, lui-même, s'est mis dans une situation inextricable, qu'il doit taire, au risque de son bonheur et de son projet de vie.

Encore une fois, Jane Austen a su me charmer avec cette intrigue sentimentale et la peinture de cette société anglaise, où la bienséance, le conformisme et le sens du devoir étaient si importants. Elle décrit merveilleusement bien la condition féminine de l'époque dans des milieux, malgré tout, bien favorisés. On imagine ce que devait être la vie des femmes de moindre condition ! Mais c'est une autre histoire...



 Objectif PAL : 8/61 (en un an !)







Grâce à cette lecture, j'ai progressé dans deux challenges et j'ai passé un très bon moment que j'ai prolongé en visualisant les adaptations du roman au cinéma : celle de Ang Lee en 1995 avec Emma Thompson et Kate Winslet, et celle de la BBC en 2008.

A voir en streaming ici et , par exemple.
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mardi 14 septembre 2010

Rentrée littéraire...


Je me suis laissée tenter par ce challenge de la Rentrée littéraire 1220... à peu près

qui consiste à lire des textes du Moyen-Age, écrits entre 476 et 1492.

Pour en savoir un peu plus et vous inscrire, rendez-vous chez Cryssilda, Fashion, Isil ou Yueyin.
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lundi 6 septembre 2010

Le principe de Frédelle

Le principe de Frédelle - Agnès Desarthe
Éditions de l'Olivier (2003)

Frédelle est une jeune psychologue scolaire et son principe est simple : "Les enfants, presque sans exception, sont fous." (p. 10).
 

Si Frédelle s'intéresse tant aux enfants, c'est qu'elle en est encore un, elle-même. Jeune veuve après quelques semaines de mariage, elle vit seule dans la grande maison choisie par son mari, une maison à retaper et qui est restée en l'état après la disparition de Dimitri. Incapable de dépenser sa fortune, Frédelle entretient une relation particulière avec son banquier et surprend celui-ci en décidant de donner son argent, plutôt que d'entreprendre des travaux. Pas libérée de l'influence de son père, Sarkis, Frédelle est toujours aux aguets, prête à réagir dès qu'elle entend le bruit de sa moto et à reconstituer un environnement factice avec les cadeaux qu'il lui a offerts. Et puis, Frédelle entend des voix, depuis qu'elle est petite, don qui lui vient de sa mère et qui la maintient dans un univers irréel. Une façon de se protéger, peut-être ?

C'est un curieux livre que ce Principe de Frédelle. La quatrième de couverture le rapprochait par son inspiration d'un autre livre d'Agnès Desarthe, "Un secret sans importance", qui reste à ce jour mon préféré de l'auteur.
Personnellement, je n'ai pas retrouvé ici cette ambiance si particulière que j'avais tant appréciée là-bas. J'ai parfois été un peu perdue dans cette histoire, comme l'héroïne d'ailleurs, qui n'arrive pas à décrocher de son enfance, sauf lorsqu'elle exerce sa profession au côté des enfants. Alors seulement, elle s'affirme et grandit. La fin de l'histoire tranche complètement avec le début. Fini le rêve et le cocon, Frédelle doit affronter une vérité qui va la libérer et dégager l'horizon.
Elle se leva, légèrement étourdie, se demandant à quel moment la colère l'envahirait. D'une révélation à l'autre, elle n'avait éprouvé qu'un soulagement croissant, la confirmation qu'elle n'était pas aussi folle qu'elle aurait pu paraître. Le magistrat de sa jeunesse, ce grand Moïse bienveillant, avec sa robe de juge et sa remarquable absence d'oreilles était de retour. Justice se faisait. (p. 251).

J'ai noté une phrase qui m'a beaucoup plu et qui m'a donné envie d'aller jusqu'au bout de cette lecture un peu difficile :
Se sortir vivant de l'enfance, vraiment, c'est tellement incroyable qu'on mériterait de ne plus jamais mourir après ça. (p. 15)

J'ai lu ce roman pendant mes vacances, il y a déjà quelques semaines et j'ai bien fait de ne pas me précipiter pour écrire ce billet. En effet, sur le moment, j'avais un avis partagé à  son sujet. Mais après réflexion et "digestion", je dois lui reconnaître un charme certain et j'ai apprécié l'écriture d'Agnès Desarthe. C'est vrai qu'elle sait à merveille créer une ambiance et y plonger le lecteur, quitte à lui faire ressentir le trouble de son héroïne et à provoquer un certain malaise.
 
Les avis de Sylire qui n'a pas accroché, de Cécilux, perplexe et de Katell qui a beaucoup aimé et qui sait bien en parler.
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vendredi 3 septembre 2010

Masse critique : 9ème édition


Rendez-vous le 6 septembre 2010 à partir de 7h30 
sur le site de Masse Critique !



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vendredi 27 août 2010

Bésame Mucho

Bésame Mucho - Annie Cohen
Éditions Gallimard (1998) - collection Haute Enfance

Sa mère est morte et la narratrice raconte ses derniers instants, ses dernières semaines, ses derniers mois. Elle fouille dans le passé proche et lointain pour faire revivre cette mère aimée, qui lui manque tant. Elle embauche sa femme de ménage pour tenter de découvrir des choses qu'elle ne connaissait pas de sa mère, pour essayer de la percevoir autrement.
Et puis la vie continue mais chaque évènement du quotidien ramène la narratrice au souvenir de sa mère, bercé par cette chanson qui était sa préférée, Bésame Mucho.


J'ai éprouvé beaucoup d'émotion à la lecture de Bésame Mucho. J'ai retrouvé des sentiments et des impressions ressentis lors de la disparition de proches : s'apercevoir qu'il y a plein de choses qu'on ne sait pas et qu'on ne saura plus jamais, se rendre compte qu'on a peut-être mal compris certaines situations et qu'il n'y a plus aucune chance de dissiper l'incertitude, rester avec ses questions et ses regrets...

A côté de ce travail de mémoire, c'est aussi une sorte de journal que tient Annie Cohen, où elle raconte des faits divers et des évènements sortis de l'actualité, et qui nous fait suivre son cheminement pour traverser le deuil et le chagrin et renaitre à la vie.

Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé ce livre...
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dimanche 15 août 2010

La prime

La prime - Janet Evanovich
Traduit de l'américain par Philippe Loubat-Delranc (Titre original : One for the money)
Éditions Pocket Policier.


Stéphanie Plum a trente ans et vit à Trenton, dans le New Jersey. Elle est divorcée et semble accumuler les catastrophes depuis quelques temps. Elle a perdu son emploi d'acheteuse en lingerie fine depuis six mois et ses quelques missions en interim ne suffisent pas à assurer sa subsistance. Sa voiture, dont elle ne peut plus payer les traites vient d"être reprise par le vendeur. Aussi doit-elle se résoudre à accepter le poste que lui propose son cousin, Vincent Plum, qui dirige une agence de cautionnement judiciaire. Autrement dit, il s'agit d'un boulot de chasseuse de primes !
Pour sa première mission, Stéphanie doit retrouver Joe Morelli, accusé de meurtre, avec à la clé une prime de 10 000 dollars. Ce Joe Morelli, par ailleurs inspecteur de police à Trenton, est une vieille connaissance de Stéphanie. Lorsqu'elle avait six ans, il l'a entrainée dans le garage de son père sous le prétexte de jouer au petit train et en a profité pour regarder sous sa jupe. Quelques années plus tard, leur relation s'est "concrétisée" sur le sol de la boulangerie où travaillait Stéphanie mais n'a pas eu de suite. A l'occasion de leur dernière rencontre, Stéphanie a foncé sur Joe avec sa voiture, lui occasionnant une belle fracture. Lourd passif entre eux deux, donc, mais Stéphanie ne se laisse pas détourner de sa mission. Elle est décidée à la mener à bien et à devenir une vraie professionnelle !


J'avais lu chez Fashion et chez Tamara des billets très enthousiates à propos de cette série de Janet Evanovich et je dois dire que je n'ai pas été déçue par ce premier tome. Beaucoup d'humour et de fantaisie dans cette histoire ! Stéphanie campe un personnage très positif, qui ne cède pas au découragement malgré sa situation difficile. Pour se sortir de la mouise, elle n'hésite pas à se lancer dans une mission impossible, pleine de mauvaise foi quand il le faut et prête à braver les convenances et le ridicule ! Les personnages secondaires sont aussi savoureux, comme les autres membres de la famille Plum par exemple, avec une mention spéciale à la mère et à la grand-mère de Stéphanie.

Un grand moment de détente que cette première rencontre avec Stéphanie Plum et j'attends les suivantes avec impatience !

D'autres fans : Caro[line], Karine, Papillon et Pimpi

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vendredi 30 juillet 2010

Deuxième pause de l'été


Voici venu le temps des vacances !



Cette année, c'est un retour aux sources !
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lundi 19 juillet 2010

L'Alfa Romeo

L'Alfa Romeo - Annie Cohen
Zulma ( 2009)

La mise à la casse de l'Alfa Romeo de César, son amoureux, est prétexte pour la narratrice à évoquer les balades qu'ils ont effectuées ensemble avec cette voiture, les dimanches à Versailles, les promenades dans le parc, les virées nocturnes dans Paris.
Mais l'Alfa a fait son temps. La narratrice a bien tenté de la vendre mais aucun acquéreur ne s'est manifesté. Aussi, en ce matin du 18 novembre, elle a laissé l'automobile dans un garage de Gentilly, le moral en berne.
Et puis, quelques heures plus tard, un appel téléphonique lui redonne un élan de joie : un amateur a repéré la voiture chez le garagiste et veut absolument l'acheter. Marché conclus ! Le nouveau propriétaire est jordanien. Voici de nouveaux sujets de rêverie pour la narratrice qui imagine la voiture sous de lointains horizons et de prometteuses aventures en perspective.


L'intrigue est bien mince et le livre est tout petit, aussi bien en nombre de pages (une centaine) qu'en taille (10,5x15). J'ai pourtant pris beaucoup de plaisir à accompagner l'auteur dans cette tranche de vie, où l'Alfa Romeo tient sa place et où il est aussi question de passage à la Cafetaria Casino, d'écriture d'un livre, de rêveries et de souvenirs.

Un extrait (p.7) :
Je m'imaginais longeant le périphérique, emmitouflée dans ma longue écharpe en laine, toute remuée d'avoir donné les clefs et la carte grise barrée. Je m'imaginais nostalgique à souhait, accoudée quelques instants au parapet du pont qui surplombe le flot des voitures, peut-être soulagée, peut-être pas, seule et amoindrie des deux tonnes de la carrosserie rouge de l'Alfa Romeo. Et sans avoir récupéré un seul centime, pas même cent balles pour mon retour.

Je ne connaissais pas Annie Cohen mais cette lecture me donne envie de poursuivre cette découverte et d'après sa bibliographie, il y a de quoi faire...
Le site de Zulma pour en savoir un peu plus sur cet auteur.

L'avis d'Anouchka ou celui de Victor découvert grâce à Eduardo, fan d'Alfa Romeo.
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vendredi 2 juillet 2010

Pause bien méritée

Et c'est pour la bonne cause, en plus !


Retour dans dix jours !
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lundi 28 juin 2010

Brève histoire de pêche à la mouche

Brève histoire de pêche à la mouche - Paulus Hochgatterer
Traduit de l'autrichien par Françoise Kenk
Quidam Éditeur - Collection Made in Europe

Un matin de septembre, qui pour d'autres raisons, restera dans l'Histoire, trois amis partent ensemble pour une partie de pêche. Julius, l'Irlandais et le narrateur sont psychiatres ou psychologues et se connaissent depuis longtemps. Sur l'autoroute, en chemin, ils s'arrêtent pour le petit déjeuner et font connaissance de la serveuse, jolie jeune femme qu'ils persuadent de les accompagner. Puis ils poursuivent leur route vers leur destination, où commence la partie de pêche.

Si je vous dis munro killer, red butcher, egg-sucking leech, ça vous dit quelque chose ? Et bien, ce sont des mouches à hameçons doubles ou triples, des monstres que même l’Irlandais n’a jamais utilisés. Lors de son voyage en Norvège, il s’est contenté de mouches plus classiques comme les grey fox ou rusty rat, parfaites pour ferrer le saumon Quand au narrateur, il préfère une Highland dun ou des culs-de-canard, ou alors une nymphe scud, en dernier recours.

C'est une journée particulière qui nous est contée ici et qui alterne les réflexions du narrateur sur sa vie personnelle, ses amitiés, ses relations professionnelles, ses fantasmes avec la description bucolique d’une journée de pêche dans une campagne sauvage et éloignée, entrecoupée de quelques leçons de pêche à la mouche qui donnent un aperçu de cette activité très technique.

Un extrait :
Les nuages se dissipent, le vent monte. Il faut lancer bien droit et avec plus de force, stopper rapidement le lancer arrière et, dans le mouvement avant, de la main gauche faire une traction sur la soie. L’Irlandais essaie d’abord quelques lancers très forcés, mais le vent est si violent, même juste au-dessus de l’eau que, après trois ou quatre mètres, sa spirale se défait complètement. (p. 87)



Merci à Quidam Éditeur pour cet envoi, qui m'a permis de passer un très bon moment ! 

Quelques avis chez Marie-Claire, Cathulu, Malice, Lily et Armande.
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vendredi 18 juin 2010

Brest, l'ancre noire

Brest, l'ancre noire - Collectif
Éditions Autrement (2003)
Collection Littératures / Romans d'une ville dirigée par Henry Dougier.



Les princesses de la piste (Marie Hélia)
La piste du samedi soir de Katia et Céline, c'est-à-dire la tournée des bars, elle commence par la recherche d'une bonne poire pour leur payer à boire : ce soir-là, c'est Jean-Marc, qui aimerait bien ramener l'une des deux dans son lit. Et puis, la nuit ne va pas se passer comme prévu, évidemment.

Fond de cale (Caryl Férey)
Après trois ans à Paris, Marie revient à Brest, dans l'espoir de retrouver Pierrot, artiste peintre, spécialisé dans les collages de rues. Mais Pierrot a disparu, a peut-être quitté la ville. Ses dernières traces, Maria les trouve dans la prison désaffectée de Pontaniou, où il a squatté quelques temps et où elle va s'installer et se perdre.

Les mains qui s'ouvrent (Jean-François Coatmeur)
Qu'est-ce qui peut pousser une jeune infirmière, Christelle, à épouser Alain, un chirurgien de vingt-cinq ans son ainé, invalide depuis un grave accident de voiture ? L'argent, certainement ! Et non, il ne faut pas se fier aux apparences, et même Alain, alerté par des lettres anonymes, va lui même commencer à s'interroger sur les motivations de sa femme.

Un homme est mort (Gérard Alle)
"Un homme est mort" c'est le titre d'un film, tourné par René Vautier sur la répression des manifestations ouvrières à Brest en 1951. Le film a disparu, mais Mick, un cinglé, un habitué de la baraque à frites d'Ahmed près du pont de Recouvrance, Mick, donc, est persuadé que c'est faux. Il est sûr que ce film existe encore et il veut le retrouver et le visionner, obsédé par la certitude d'y apercevoir son père qu'il n'a pas connu. Et il est prêt à toutes les folies pour arriver à ses fins.

Sia, chandelle de Brest (Jean-Paul Jody)
Sia vient de Sierra-Leone, elle a fui la guerre et la misère et se prostitue en attendant son permis de séjour, avec l'espoir d'échapper à cet esclavage moderne. La police locale cherche à démanteler le réseau qui est à l'origine de l'arrivée de ces femmes africaines à Brest. Ludo, qui aimerait être autre chose qu'un client, voudrait aider Sia, qui a échafaudé seule un plan infaillible.

Un bon Dieu pour les ivrognes (Hervé Bellec)
C'est le petit monde de la place Guérin qui est évoqué ici : S'y côtoient les fameux joueurs de boules, les mères de familles venues accompagner leurs enfants à l'école toute proche et les habitués jeunes ou moins jeunes des différents bistrots qui assurent l'animation diurne et surtout nocturne de cette place mythique.

Aucune joie de vivre dans ces histoires : l'ambiance est noire, la ville est triste et glauque. Les quelques lueurs d'espoir qui surgissent sont vite éteintes : Pas de contes de fées, ici, juste la vie, une vie qui ne fait pas de cadeaux !

J'ai profité du week-end de la Pentecôte passé à Brest pour lire ce recueil de nouvelles. Quel contraste entre ces lieux familiers évoqués dans ces histoires sombres et sans espoir et les mêmes retrouvés quelques heures plus tard sous un soleil presque estival, même si la ville est en plein chamboulement en ce moment à cause des travaux du tramway.
C'est une vision bien noire de la ville et de sa population qui est présentée dans ce livre. J'ai malgré tout apprécié la qualité des écritures et des styles et la pertinence des observations.
Un seul bémol : On pourrait croire à la lecture de ce livre que ne vivent à Brest que des paumés et des poivrots !


Un extrait :
Pour Sia, ce qui n'allait pas à Brest, c'était l'océan. Présent partout, accessible nulle part. Au bout des longues avenues sans issue, on butait inévitablement sur une barrière militaire, une clôture électrifiée par la marine. La ville, enfermée derrière ses grilles, tournait le dos à son océan emprisonné. Même la rivière Penfeld, si joliment encastrée dans son vallon, coupait la cité en deux, cicatrice béante qui ne se laissait pas approcher. Il fallait courir des kilomètres pour sentir l'eau sous ses pieds. Rien à voir avec Freetown. 
(Sia, chandelle de Brest, Jean-Paul Jody)


Bonne idée que cette collection "Romans d'une ville" chez Autrement.
Yvon a lu celui-ci, ainsi que ceux consacrés à Marseille, Paris, Lille, Lyon et Toulouse.
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mardi 1 juin 2010

Kétala

Kétala - Fatou Diome
Éditions Flammarion (2006)

Le Kétala, c'est le partage des biens d'un défunt qui a lieu une semaine après le décès. Mémoria est morte, ses proches ont inventorié ses meubles et ses affaires personnelles. Tous ces objets savent donc qu'ils vont être définitivement dispersés entre les membres de la famille. Ils décident alors, sous l'impulsion de Masque, de consacrer les quelques nuits et jours qui leur restent à passer ensemble à reconstituer l'existence de Mémoria en racontant ce qu'ils ont vécu avec elle. Ainsi, les évocations de Masque, Canapé, Table, Oreiller, Montre et autres objets nous la font découvrir, de l'enfance heureuse et insouciante aux désillusions de la femme mariée, de l'exil en France au retour au pays.

J'avais beaucoup aimé "Le ventre de l'Atlantique" de Fatou Diome. Pour le Safari littéraire proposé par Tiphanya, j'ai été tentée par ce "Kétala" et ces objets familiers de la défunte qui prennent la parole pour évoquer leur amie disparue. Cette histoire s'appuie à la fois sur les traditions africaines et sur les réalités de l'Afrique d'aujourd'hui. Mémoria, contrainte d'accepter un mariage arrangé par ses parents, suit son mari lorsqu'il émigre en France et se trouve confrontée à la précarité et à la maladie.

J'ai été un peu déçue par cette lecture car je n'y ai pas trouvé la poésie et la magie que j'attendais. La prise de parole des meubles et des objets commence un peu à la manière d'un conte mais très vite, le style se banalise et l'histoire aussi. Et puis, les catastrophes qui s'abattent sur Mémoria et la voie qu'elle choisit pour gagner son indépendance m'ont semblé trop caricaturales.
C'est dommage, il y a beaucoup de bonnes choses dans ce livre mais je trouve que l'auteur a réduit la force qu'aurait pu avoir cette histoire en voulant traiter trop de thèmes différents en seulement 277 pages.


Un extrait : (p.16)

Les chaises se perchèrent sur la pointe de leurs pieds, les fauteuils se penchèrent, le grille-pain ouvrit sa bouche édentée, la table se rapprocha à quatre pattes, l'ordinateur ne fut plus qu'un oeil figé, à l'écoute. Chacun manifesta son inquiétude à sa façon, mais tous partageaient la même impatience et témoignaient à la porte une attention toute particulière. Heureuse d'une telle qualité d'audience, Porte lâcha l'information comme on libère un papillon. La nouvelle virevolta dans la pièce et se propagea par échos dans tous les recoins de l'appartement :
 D'autres avis ici et .

mercredi 26 mai 2010

Souffles couplés

Souffles couplés - Gérald Tenenbaum
Éditions Héloïse d'Ormesson (2010)

Un drame s'est produit dans un hameau de montagne, dans le Val d'Aoste, auquel Alex, 11 ans, a été mêlé. Les gendarmes l'ont ramené du côté français, où il a été placé en foyer. Du drame et de son existence antérieure, Alex a tout oublié, même la lecture et l'écriture. En revanche, il est depuis doté d'une mémoire exceptionnelle. Il est même capable de reproduire un texte aperçu quelques secondes en dessinant les lettres, sans comprendre le sens de ce qu'il a vu.
Vingt-sept années ont passé. Alex est barman à Grenoble, au café des Deux Mondes et il ne sait toujours pas qui il est, essayant de retrouver le fil du passé dans des bribes de souvenirs et d'impressions qui hantent son esprit.
Maguy, capitaine de police et cliente du café fait quelquefois appel au formidable don d'Alex pour résoudre ses enquêtes de police.
Sandra, psycholinguiste à l'université, a trouvé en Alex un sujet d'étude et tente de l'accompagner vers sa vérité.
Un jeune homme est assassiné dans le parc Mistral, à proximité du café. Alex reconnait son écharpe et se rappelle que la victime avait fréquenté le café et s'entrainait dans un petit club de boxe, dirigé par un italien. près d'Échirolles. Sandra, à qui il raconte cet épisode, identifie le propriétaire du club de boxe : Il s'agit d'un ami, Fulvio, un ancien membre des Brigades Rouges, qui a fui l'Italie et vit clandestinement en France depuis de longues années. Il faut éviter que la police s'intéresse à Fulvio et l'éloigner vers un endroit sûr. Grâce à ses amis, Alex trouve un refuge en montagne et y accompagne Sandra et Fulvio. En chemin, ses souvenirs le remettent sur la route de son enfance et vont permettre à la vérité de resurgir.


Voilà rapidement résumée une histoire bien plus complexe, pleine d'émotion et d'impressions fugitives, où les existences se croisent, chacune avec ses failles et ses silences. Le personnage d'Alex est poignant, homme privé d'enfance et empêché de vivre pleinement sa vie d'adulte, sans cesse replongé dans le passé par des réminiscences qui l'assaillent comme des flashs. Sandra, confrontée à l'incertitude dans sa vie de couple, trouve dans son voyage avec Fulvio et Alex une parenthèse bienvenue et l'occasion d'exercer son empathie.

A la lecture de ce roman, je me demande ce qui a pu inspirer son auteur, tant l'univers recréé semble maitrisé bien que peu exposé. plutôt suggéré qu'expliqué en détail. Gérald Tenenbaum installe une ambiance mystérieuse et impalpable, et livre petit à petit des indices qui laissent percevoir le drame passé, qui s'explique dans les dernières pages. Mais il en dit très peu, finalement, et cette économie donne tout son charme à cette histoire toute en retenue.
Un beau moment de lecture...

Merci aux éditions Héloïse d'Ormesson pour l'envoi gracieux de ce livre qui m'a permis de continuer ma découverte de Gérald Tenenbaum, après L'ordre des jours lu l'année dernière.

Les avis d'Aifelle et de Lily
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mercredi 5 mai 2010

Aux aguets

Aux aguets - John Galsworthy
Forsyte Saga (Tome 2)
Traduit de l'anglais par R. Pruvost
Le Livre de Poche - 1965

Douze années ont passé, depuis que Irène Forsyte a quitté son mari Soames, après la mort tragique de Philip Bosinney. La maison de Robin Hill a été achetée par le vieux Jolyon Forsyte et il y a fini ses jours, après avoir eu le bonheur de renouer avec son fils Jo. C'est lui qui y habite désormais avec ses deux enfants Jolly et Holly, maintenant que sa femme Helen est morte. 
Jo est le seul Forsyte à avoir quelques rares contacts avec Irène, car il gère le leg que son père avait attribué à la jeune femme par testament. Aussi, lorsque Soames se met en tête de divorcer afin de se remarier avec Annette, une jeune française dont la mère tient un restaurant à Soho, c'est Jo qu'il charge de contacter Irène afin de savoir si elle a refait sa vie. En effet, la loi anglaise ne permet le divorce qu'en cas de faute de l'un des époux. Mais Irène vit solitaire et ne peut fournir aucun motif susceptible d'être retenu par un juge. Soames, qui souhaite plus que tout un fils, rend visite à Irène pour tenter de la convaincre. À son contact, sa passion se réveille. Toujours "propriétaire" dans l'âme, Soames ne peut renoncer à elle et insiste pour reprendre un semblant de vie commune, afin d'avoir le fils qu'il souhaite tant. Irène prend peur et se réfugie en France. Mais Soames, qui la fait suivre par une agence de détectives, retrouve sa trace.

L'intrigue peut sembler bien mince. Mais pour ma part, j'ai encore une fois apprécié le talent de John Galsworthy.
Cette histoire de divorces et d'amours contrariés s'inscrit parfaitement entre la fin du 19ème siècle et l'entrée dans le 20ème et exprime la difficulté de certains Forsyte à changer de siècle.
Même Soames a bien du mal à assumer ses contradictions. Alors qu'il envisage son propre divorce avec réticence, craignant le scandale et l'étalage de sa vie privée, il est le premier à inciter sa soeur Winifred à intenter une action contre son mari Monty Darty, qui a abandonné le domicile conjugal pour suivre une danseuse en Amérique du Sud en emportant les perles de sa femme !
La jeune génération s'affirme dans ce deuxième tome de la Saga. La guerre des Boers va donner l'occasion à plusieurs d'entre eux de se libérer des contraintes de la bonne société britannique, même si elle apporte également des souffrances pour certains.

Plus encore que dans "Le propriétaire", premier tome de cette Saga, le personnage de Soames Forsyte inspire des sentiments contraires. Son instinct de possession, sa rigidité, le harcèlement qu'il exerce sur Irène le rendent très antipathique. Mais la passion qu'il ressent toujours pour sa femme, son goût de la peinture, son désir d'avoir un fils, sa sollicitude pour ses parents âgés, son incompréhension des changements de la société, tout cela lui apporte une réelle humanité.
Jo, quant à lui, a quitté son statut de paria et l'âge semble le mener sur la voie de la sagesse. Mais son coeur peut encore s'enflammer, surtout s'il se trouve fragilisé par un évènement tragique..
Et bien sûr, je ne peux oublier Irène, figure lumineuse et énigmatique, qui suscite toujours autant de passion et d'admiration !

Cette relecture, dans le cadre de mon challenge 2010, a été un vrai plaisir et m'a permis de mettre fin une période de panne de lecture. J'ai bien envie de me plonger rapidement dans le tome 3, "A louer".
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jeudi 29 avril 2010

Masse critique 8ème !

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La huitième édition de Masse Critique se prépare !

 Rendez-vous sur http://www.babelio.com/massecritique.php à partir du 5mai à 7h30 et choisissez un livre !
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dimanche 18 avril 2010

Arlington Park

Arlington Park - Rachel Cusk


Éditions de l'Olivier (2007) - Points Seuil (2008)
Traduit de l'anglais par Justine de Mazères


La pluie tombe sur Arlington Park, des trombes d'eau arrosent toute la nuit cette petite ville de la banlieue résidentielle londonienne.

Au fil des chapitres, nous suivons dans leurs occupations quotidiennes, Juliet, professeur dans le lycée de la ville, Louise, Christine, Amanda, Sally, Liz, Maisie, Stéphanie, Solly et Maggie. 
Elles se croisent en ville, vont dîner les unes chez les autres, accompagnées de leurs maris ou se rencontrent simplement entre elles l'après-midi. Elles se rendent en groupe au centre commercial de la ville voisine. Elles s'interrogent sur leurs existences, confrontent leurs rêves de jeunesse et leurs frustrations de femmes adultes et de mères de famille.

Ni roman ni recueil de nouvelles, ce livre installe petit à petit une atmosphère pesante dans cette banlieue favorisée, parmi ces femmes perdues dans leur quotidien sans surprises, bien loin du glamour et de la fantaisie des Desperate Housewives, auxquelles on pense à tort à la lecture de la quatrième de couverture.

A lire seulement quand le moral est au beau fixe, sous peine de déprime assurée !

L'avis de Nicolas, et d'autres liens chez Blog-o-Book
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lundi 5 avril 2010

Premier abandon 2010 !

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En pleine panne de lecture, je reçois une offre de la part de Suzanne, de chez-les-filles.com, qui me propose un thriller mené tambour battant !
Chouette, enfin un livre qui va me secouer et me sortir de ce marasme, d'autant que la présentation de l'éditeur est très prometteuse :
À trente-quatre ans, Jim Vilatzer a l’impression que sa vie s’enlise dans la médiocrité. Employé dans le modeste delicatessen que ses parents d’origine juive russe ont ouvert dans une banlieue de Chicago, célibataire depuis un échec sentimental douloureux, pris à la gorge par des dettes de jeu qui le mettent à la merci de redoutables créanciers, il rêve d’un changement de décor. Lorsque son meilleur ami lui offre l’opportunité de repartir à zéro en Russie, terre de ses ancêtres, son instinct de joueur de poker lui ordonne de franchir le pas. Du jour au lendemain, le jeune Américain s’installe à Moscou, où il est embauché par la Fondation de la Mémoire. Sa mission : interviewer des survivants du goulag afin de conserver leur témoignage pour les générations futures. Petit à petit il se familiarise avec une ville inhospitalière qui ne ménage pas ses habitants, loin de se douter qu’en tombant amoureux de la belle Kaisa et en prenant contact avec d’anciens prisonniers, il sera mêlé à un complot d’envergure planétaire, ce que le gouvernement russe et la CIA ne verront pas d’un bon œil. Et malgré lui, il sera manipulé par les services secrets de l’Ambassade des États-Unis pour les aider à retrouver les criminels de haut vol.
 

Quelques jours plus tard, arrive une enveloppe dans ma boîte aux lettres. J'en sors un livre dont la couverture est très belle et pleine de mystère :

La ville insoumise de Jon Fasman, publié aux éditions du Seuil, traduit de l'anglais par Madeleine Nasalik.

 

Malheureusement, je n'ai pas du tout réussi à entrer dans cette histoire, peinant à lire quelques pages chaque soir, jusqu'à la page 74 où j'ai jeté l'éponge !

L'avis de Lucie m'inciterait à reprendre cette lecture d'ici quelque temps.

En revanche, les billets recensés par Michel, qui a abandonné, lui aussi, sont pour la plupart peu motivants.


Je remercie tout de même Chez Les Filles et les éditions du Seuil pour cet envoi. Sans doute n'était-ce pas le bon moment pour moi...
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